Cameroun : la traçabilité des subventions publiques est un impératif de gouvernance
Au Cameroun, la reddition des comptes publics bute sur une opacité récurrente. Pour l’exercice budgétaire 2024, la Chambre des comptes de la Cour suprême n’a été en mesure de retracer que 3% de l’ensemble des subventions accordées par l’État aux entreprises publiques.
Un rapport qui met en cause la traçabilité des transferts publics
La juridiction financière, chargée du contrôle juridictionnel des comptes de l’État et des établissements publics, s’appuie sur les pièces justificatives que lui transmettent les ordonnateurs et les entités bénéficiaires.
Or, sur le volume total des concours financiers accordés en 2024 au portefeuille public camerounais, seule une portion résiduelle a pu être rattachée à un bénéficiaire clairement identifié et à une exécution documentée.
Ce chiffre n’est pas anecdotique. Il touche au cœur d’un enjeu structurel de gouvernance : la capacité de l’État à suivre l’usage des ressources qu’il transfère à ses démembrements.
Un portefeuille public sous tension budgétaire
Le secteur parapublic camerounais compte plusieurs dizaines d’entreprises intervenant dans des filières stratégiques : énergie, hydrocarbures, transports, télécommunications, agro-industrie, eau.
Les conséquences de l’opacité
Dans un contexte de tension sur les finances publiques, marqué par la nécessité de contenir le déficit budgétaire sous les seuils convenus avec le Fonds monétaire international (FMI), la maîtrise du canal des subventions devient un impératif de politique publique.
Le programme économique et financier appuyé par Washington insiste précisément sur la transparence des flux entre le Trésor et les entités publiques, condition d’un pilotage crédible de la trajectoire de consolidation.
Un enjeu de souveraineté budgétaire
Au-delà du seul exercice comptable, l’incapacité à documenter la destination et l’usage effectif de la quasi-totalité des subventions publiques fragilise plusieurs chantiers stratégiques.
Des implications pour les bailleurs de fonds
Pour les investisseurs privés, notamment ceux engagés dans des partenariats public-privé ou des contrats de concession avec des entités publiques camerounaises, cette opacité constitue un facteur de risque additionnel.